JACOB
an enslaved panis’ identity
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Excerpt from the book: Fugitifs! Esclavage et résistance au Québec. (In french)
Quand Bell arriva chez Daniell & Dalton, Jacob la connaissait déjà de réputation. Tout le monde avait entendu parler de celle qui avait assommé le boucher George Hipps, avant de fuir, pieds nus, dans le faubourg Saint-Jean. Ils l’avaient tous vue être trimballée d’un acheteur à un autre, son attitude fougueuse les obligeant à la revendre peu après l’avoir acquise. Jacob avait été surpris que Daniell & Dalton aient décidé d’acheter la jeune femme. « Tant mieux, s’était-il dit, ça me fera de la compagnie. »
Du même âge, ils avaient toutefois des histoires très différentes. Bell connaissait bien ses origines, tandis que Jacob n’avait tout simplement aucune idée d’où il venait.
Il savait seulement qu’il était né l’année où le chef de guerre anishinaabe, Obwandiyag, alias Pontiac, avait pris les armes contre les forces britanniques nouvellement installées dans la région des Grands Lacs.
Jacob imaginait ses parents aux côtés du chef rebelle. Peut-être avait-il vu le jour durant le siège du fort Détroit ?
Son propriétaire actuel, Richard Dalton, ne lui avait jamais parlé de son passé.
On l’appelait Jacob, mais était-ce vraiment son nom, celui reçu à sa naissance?
Il en doutait. On le disait « panis ». Appartenait-il véritablement à la nation pawnee ou l’avait-on affublé de cette espèce de terme fourre-tout qui désignait les autochtones en esclavage ? Il se sentait flotter dans le vide, sans aucun repère ni point d’ancrage.
Le premier de sa lignée, pensait-il, à se sentir étranger sur la terre de ses ancêtres.
Il ne connaissait ni sa langue ni sa culture, et l’ampleur de cette absence lui donnait le vertige.
Et pourtant, Jacob refusait d’accepter son statut de panis. Il savait qu’il était plus qu’un simple objet dont l’existence dépendait de l’usage dont on pouvait en faire.
Malgré leurs tâches incessantes, Bell et Jacob avaient rapidement développé une solide amitié. Il lui confiait ses angoisses, et elle lui parlait de son « ailleurs », la Jamaïque et ses montagnes majestueuses peuplées de rebelles intrépides.
Jacob retrouvait chez les Marrons les mêmes idées de liberté et de résistance qu’il admirait tant chez Obwandiyag et ses alliés.
Ils avaient, les uns comme les autres, décidé de se tenir debout et de résister à cette condition d’infériorité qu’on désirait leur imposer.
Illustrated by Kaysun T. Oke
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ELOPED from the Subscribers, on Monday night, a Panis lad about 20 years old, 5 feet 8 or 9 inches high, with long black hair, Speaks French and English tolerably well, and answers to the name of JACOB: had on when he went away a blue blanket coat, white hat with feathers, ruffled shirt, English shoes and plated buckles, and a bundle of linen, with a drab coloured fine cloth coat tyed in a handkerchief.
Whoever will apprehend and cause him to be brought home, shall receive FIVE POUNDS reward, and all reasonable expences defrayed.
Quebec, 15th. July, 1783.
DANIELL & DALTON.
Le magasin de Daniell & Dalton, situé à quelques enjambées du port de Québec, les plaçait au cœur du commerce international qui déferlait sur le fleuve Saint-Laurent. Durant la saison navigable, ils voyaient défiler de nombreux bateaux avec, à leur bord, des équipages variés provenant des quatre coins de l’Empire britannique.
Lorsqu’ils le pouvaient, l’un et l’autre discutaient avec les marins et les questionnaient sur cet « ailleurs » dont ils rêvaient tant. Le soir venu, ils partageaient leurs trouvailles : les représentants américains et britanniques négociaient la paix à Paris pour mettre fin à la guerre d’indépendance des États-Unis ; des frères français, les Montgolfier, avaient fait voler un étrange engin ; l’éruption d’un volcan en Islande avait causé des milliers de morts.
Mais ce qui les fascinait le plus, c’étaient les récits de résistance, comme ceux des Garifunas, ces métis afro-autochtones des îles Saint-Vincent et d’Amérique centrale, ou encore, ceux des Séminoles noirs de la Floride.
Bell et Jacob enviaient cet esprit de collectivité. À Québec, vu le peu de personnes en esclavage qui s’y trouvait, il leur était impossible de bâtir une communauté, de prendre part à des festivités ou de se révolter. Il leur semblait qu’ils n’avaient qu’eux deux.
Au mois de juillet, Jacob surprit une conversation entre Richard Dalton et l’une de ses clientes : il prévoyait de quitter Québec à l’automne. Il se séparait de son associé, Francis Daniell, et tous leurs biens allaient être divisés entre eux. Daniell allait prendre Bell, et Dalton emmènerait Jacob.
Ce dernier n’avait pas compris la destination, mais une chose était sûre, il était hors de question de le suivre. Il ne parlait peut-être pas la langue de ses ancêtres, n’en connaissait pas les coutumes, mais il marchait encore sur leur terre. Et ce lien-là, il refusait de l’abandonner.
Jacob avait décidé de partir. Il aurait voulu fuir avec Bell, mais, après toutes ces années d’instabilité, elle n’était pas prête à affronter une nouvelle fois le changement.
Tout de même, elle était fière de lui.
C’était à son tour de résister, de marcher dans les pas de tous ceux et celles qui avaient refusé l’esclavage avant eux.
Le 15 juillet 1783, vêtu d’une chemise à manchettes et d’un large chapeau orné de plumes, Jacob disparut dans la nuit.
indigenous people in slavery