Robin, lydia
et jane
Déracinement et démembrement de la cellule familiale
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Robin, Lydia et Jane s’enfuient le 12 août 1798. James Frazer, leur propriétaire, fait publier un avis de recherche dans la Gazette de Montréal pratiquement une semaine après et une récompense de 9$ est offerte. Cette annonce est la dernière fois que l’on mentionne des esclaves fugitifs dans les journaux du Bas-Canada.
Changer de vêtements pour faciliter la fuite
Frazer était un ancien loyaliste qui s’était réfugié en Nouvelle-Écosse en 1783, à l’Île-du-Prince-Édouard l’année suivante et, finalement, à Montréal 10 ans plus tard. Il avait acheté Robin et Lydia dans l’état du New Jersey quand ils étaient encore enfants. L’annonce mentionne que Lydia «est grosse et bien prise» et qu’elle a «le teint presque mulâtre». Jane, âgée de 4 ans, est qualifiée comme telle; il n’est pas dit que Robin était le père de cette dernière. À l’instar de Nemo & Cash, l’avis de recherche stipule qu’il est possible qu’ils aient changé de vêtements, une stratégie afin de faciliter leur fuite.
Robin est de retour chez Frazer peu après car il se sauve encore une fois en mars 1799. Quelques mois plus tard, en janvier 1800, James Frazer apprend que Robin travaille à la taverne de Richard Dillon et le fait arrêter. Il est acquitté un mois plus tard. C’est le dernier esclave au Bas-Canada à être arrêté en tant que fugitif.
Illustrés par DJIEF
Remise en question de la moralité et de la légalité de l'esclavage
Les dernières années du 19e siècle marquent un moment charnière pour l’esclavage dans la province. Une série de fuites initiée en février 1798 par Charlotte, l’esclave de Jane Cook, amena le juge James Monk à se positionner quant à la légalité de l’esclavage au Bas-Canada et à libérer tous les fugitifs comparaissant devant lui. Le juge James Monk était-il animé de sympathies abolitionnistes? Nous ne le savons pas. Toutefois, les années 1780 et 1790 virent éclore dans les cercles intellectuels britanniques, français et nord-américains des remises en question quant à la moralité de l’esclavage. Monk, sans nécessairement en faire l’apologie, aurait bien pu partager ces idées, ou bien il a tout simplement décidé de rester intègre et rigoureux quant à l’absence de fondements légaux concernant cette pratique au Bas-Canada. Monk n’est pas le seul juge à avoir été confronté à cette question au Canada. En Nouvelle-Écosse, pratiquement à la même époque, le juge Sampson Blowers profitait de sa position afin de compliquer les réclamations des propriétaires quant à leurs esclaves fugitifs.
lire l’avis de recherche
La disparition (et non l'abolition) de l'esclavage au Québec
Quelques mois avant que Robin, Lydia et Jane ne désertent, James Frazer avait pétitionné le gouvernement à propos du fait que «l'honorable Cour de Montréal était sur le point d'affranchir tous les Noirs de leur propriétaire». Le député Joseph Papineau (le père du célèbre patriote Louis-Joseph Papineau et lui-même propriétaire d’un esclave du nom de Prince) représenta les intérêts des maîtres à la chambre d’Assemblée en 1799 afin de donner un cadre légal à l’esclavage, mais la proposition fut repoussée jusqu’à complètement disparaître vers 1803. Ainsi, on ne parle pas d’une abolition de l’esclavage au Québec,
mais bien d’une disparition.
« Il n’est pas dit que Robin était le père de Jane »
L’esclavage est aussi marqué par la négation de tout lien familial ou conjugal entre individus, le seul lien reconnu étant celui de propriété privée du maître sur son esclave.
L’enfance elle-même était exploitée et il n’était pas rare que des enfants-esclaves soient utilisés comme valets ou compagnons de jeux des enfants du maître. Le matin, on leur passait de beaux habits pour ensuite leur remettre leurs haillons le soir venu. La vente des enfants nés en esclavage procurait un revenu supplémentaire aux propriétaires.
Les traumatismes causés par l’esclavage continuent d’avoir des répercussions dans la société contemporaine.
Les droits de l’enfant
Comme tous les autres droits, le droit de l’enfant à l’affection de sa famille et à sa protection étaient niés dans l’esclavage. L’esclavage a laissé une empreinte durable dans les sociétés au passé colonial, et il n’y a pas si longtemps que les enfants nés hors mariage, en particulier ceux issus d’unions mixtes, ne sont plus qualifiés de bâtards dans le langage populaire. L’apparition des droits de la personne a permis de repenser l’enfance comme une période critique à protéger dans le développement humain et l’enfant comme sujet de droit et non plus objet du droit.
Peu à peu, le travail des enfants a été beaucoup mieux balisé et la fréquentation scolaire rendue obligatoire. Des instruments juridiques spécifiques à l’enfance, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989, encadrent maintenant cette période critique. Le droit de l’enfant de jouer, d’accéder à l’instruction publique, d’être protégé contre toute forme d’exploitation, d’être aidé s’il est victime de négligence ou de maltraitance et d’obtenir l’affection et la protection de personnes bienveillantes sont désormais garantis.
Les droits et libertés au Québec
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De ces 2 personnes, laquelle possédait des esclaves?