NEMO ET CASH

Stéréotypes de criminalité et préjugés raciaux

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Fugitifs - Nemo et Cash

Nemo et Cash s’enfuient de chez le tailleur Hugh Ritchie à Québec le 24 octobre 1779. Ils sont annoncés dans la Gazette de Québec dès la semaine suivante; une récompense de 10$ est offerte pour leur capture. Nemo, environ 18 ans d’âge, est né dans les Treize colonies à Albany; il est marqué par la variole. Le fait d’avoir survécu à la rougeole et la variole était toujours mentionné dans les annonces de vente car, étant des maladies qui ne s’attrapent qu’une fois, l’esclave était désormais immunisé et donc, d’une plus grande valeur. La variole était une maladie infectieuse qui laissait de nombreuses cicatrices sur la peau, ces marques devenaient ainsi des signes distinctifs dans les avis de recherches et permettaient de mieux identifier les fugitifs, ce sont les cas d’Ismaël, de Joe et de plusieurs autres.

Nemo (qui veut dire «personne» en latin) parle anglais et passablement français. Cash, de 8 ans son aînée, parle très bien ces deux langues. Concernant Cash, un fait intéressant est rajouté: «elle a emporté une quantité considérable de Linge et autres bons Effets qui ne sont pas à elle» ainsi qu’un gros paquet de ses propres vêtements comprenant des coiffes, des jupons, des rubans, des bonnets, etc.

Ce détail est important parce qu’il nous indique un stratagème de fuite. On stipule même qu’il est vraisemblable qu’elle changera son habillement. Tous ces vêtements peuvent servir à modifier son apparence, mais pourraient aussi, en étant vendus, contribuer à la survie des deux fugitifs.

Illustrés par VALMO

lire l’avis de recherche

S’éloigner le plus possible

Les avis de recherche étaient souvent publiés en dehors de la ville d’origine à cause de la rareté des journaux et aussi afin de maximiser les chances de retrouver les fugitifs; il est attendu que ces derniers puissent être tentés de s’éloigner le plus possible, même si ce n’est pas toujours le cas, surtout vers la fin de l’esclavage. Nemo semble avoir été vu à Sorel quelques jours après sa fuite de Québec et on estime que tous deux s’y trouvent toujours. Quand, en février 1734, Marie-Joseph-Angélique tente de s’échapper, elle espère se rendre jusqu’en Nouvelle-Angleterre. En 1784, on suppose qu’Ismaël tentera de quitter la province; Chloe s’enfuit de Berthier en 1791 et est annoncée dans la Gazette de Québec; à l’instar de Cash, elle quitte avec plusieurs vêtements et on ne peut décrire son apparence vestimentaire. Fortune s’enfuit de l’île Carleton en 1780, Isaac déserte de Gaspé en 1794 et tous les deux sont annoncés à Québec.

Cash « a emporté des effets qui ne sont pas à elle »

 Il est dit dans l’avis de recherche que Cash aurait emporté avec elle de nombreux effets et vêtements ne lui appartenant pas. Cette mention fait écho aux persistantes accusations de vol et aux stéréotypes de criminalité encore souvent associés aujourd’hui aux personnes afro-descendantes. Dans les maisons bourgeoises, les domestiques, très souvent racisés, étaient aussi couramment soupçonnés ou accusés de vol par leurs maîtres. Dans l’histoire québécoise et canadienne, on peut retracer une foule d’incidents criminels (vols, viols, meurtres, incendies) ayant été attribués faussement ou sommairement à des personnes noires, autochtones ou racisées. Celles-ci faisaient des coupables toutes désignées, étant donné leur exclusion sociale. De nombreux procès bâclés ont eu lieu au Québec et au Canada, condamnant des personnes innocentes sur la base de préjugés raciaux. Malgré l’existence des droits de la personne, de telles erreurs judiciaires sont encore susceptibles de se produire, les préjugés raciaux étant toujours présents dans notre société.

Légende photo: à déterminer

Profilage racial

Néanmoins, les personnes racisées sont encore aujourd’hui régulièrement soupçonnées de criminalité et de délinquance sur la base des préjugés associés à la couleur de leur peau. Le profilage racial dont elles sont encore susceptibles d’être victimes en dépit de la protection du droit à l’égalité prévu dans la Charte québécoise démontre la persistance des préjugés raciaux, tant de la part des personnes en autorité que des citoyens qui sollicitent leur intervention.

Les droits judiciaires

Bien que les préjugés soient encore à l’origine de gestes et propos discriminatoires et de profilage racial, toute personne se voit garantir le droit la représentation judiciaire et à un procès qui ne soit pas préjugé. Ce sont là quelques-uns des droits judiciaires qui garantissent l’égalité de toute personne devant la justice, indépendamment de la couleur de peau.

Le profilage discriminatoire
au Québec

Testez vos connaissances

Pourquoi annonçait-on qu’un esclave avait déjà eu la variole au moment de la vente?

A Parce que les cicatrices apparentes au visage laissées par la maladie diminuaient sa valeur.
B Parce qu’être immunisé contre cette maladie augmentait sa valeur.

Illustration par VALMO

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