JACOB

La charge raciste dans le vocabulaire

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Fugitifs - Jacob

Jacob est annoncé le 20 août 1778 dans la Gazette de Québec. Appartenant au tavernier Miles Prentice, il est décrit comme étant bien fait et très actif, 5 pieds 5 pouces de haut et ne parlant peu ou point français. On mentionne aussi qu’il est mulâtre. Ce terme, issu du portugais mulatto (mulet) servait à désigner les enfants issus d’une personne noire et d’une personne blanche à l’époque où les gens étaient traités comme du bétail.

Un métissage forcé

La présence d’esclaves métis, que ça soit ici ou ailleurs dans le monde atlantique, illustre de manière très concrète les sévices sexuels subis par les femmes asservies. Dû à la dynamique de pouvoir liant l’esclave au maître, il n’y avait ainsi pas de consentement possible dans le cadre de l’esclavage. Les enfants qui naissaient de ces violences suivaient toujours le statut de leur mère: si celle-ci était esclave, l’enfant l’était aussi. Sur les 13 personnes illustrées dans l’exposition Fugitifs! au moins cinq d’entre elles sont désignées comme étant métissées: Bell, Jacob, André, Lydia et Jane.

Nous connaissons très peu de choses à propos de Jacob, mais nous savons que Miles Prentice a possédé au moins 5 esclaves. Il avait acheté un homme et une femme au gouverneur James Murray dans les années 1760. En 1769, il tente de vendre la femme, son fils métis de 9 mois et un homme de 23 ans à l’encan. La femme est qualifiée comme étant une bonne domestique, gérant bien le lait et faisant du beurre à la perfection. On dit de l’homme qu’il est un bon domestique, comprend bien le travail de valet et a fière allure en livrée (l’habit domestique). Dans une annonce subséquente, Prentice vante ses talents de cuisinier. En 1773, un jeune esclave de 11 ans est recensé comme habitant chez lui. En 1786, son esclave George Williams, 63 ans, est baptisé à l’Hôpital-général.

Illustré par PAUL BORDELEAU

Jacob serait-il l’enfant de 11 ans recensé chez Miles Prentice en 1773? Quand il se sauve, soit 5 ans plus tard, son âge est estimé à 18 ans et le jeune homme recensé aurait eu environ 16 ans à ce moment. Compte tenu du fait que l’âge d’un esclave est toujours approximatif, il est possible que ce soit la même personne.

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Jacob « mûlatre recherché »

L’esclavage a laissé une empreinte si profonde sur les sociétés au passé colonial que le vocabulaire en a été fortement imprégné. S’inspirant des découvertes scientifiques relatives aux espèces animales, le vocabulaire raciste fait abondamment référence aux animaux, en particulier le bétail, et à des notions de croisement des espèces.

Déshumaniser et réduire à l’état d’animal

Le terme "nègre" par exemple, vise à déshumaniser les personnes désignées, à les réduire à l’état animal, à les considérer comme les têtes d’un cheptel ou les biens d’un inventaire. Les expressions mulâtre, bâtard, sang mêlé et les insultes racistes référant aux singes témoignent aussi de cette stratégie.

Légende photo: A déterminer

Avec le temps et les brassages génétiques largement dus aux viols des esclaves par les propriétaires, des divisions coloristes sont apparues dans le monde atlantique, telles quatron (quart de sang noir) et octoron (huitième de sang noir). Les enfants nés de ces rapports étaient classés en fonction de la clarté de leur couleur de peau. Plus leur peau était claire, plus ils pouvaient obtenir de privilèges. Ce phénomène s’observe dans toutes les sociétés au passé colonial. C’est ce qu’on appelle la dynamique du colorisme.

Légende photo: A déterminer

Droits à l’égalité et au respect de la dignité

En essentialisant les personnes racisées, le vocabulaire raciste nie leur appartenance à la communauté humaine, pourtant proclamée dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Le droit à l’égalité est inséparable du droit au respect de la dignité: traiter une personne ou un groupe différemment des autres sur la base de ses caractéristiques personnelles porte atteinte à ces deux droits à la fois. 

Par exemple, refuser à une personne de s'asseoir dans un restaurant ou un autobus à cause de la couleur de sa peau est une pratique discriminatoire qui porte atteinte au droit à l’égalité. Une telle pratique est interdite au Canada en vertu des Chartes canadienne et québécoise. Un tel traitement porte atteinte à la dignité de la personne qui entraînent des préjudices (conséquences). C’est sur cette base que la personne discriminée est en droit d’exiger réparation. La Charte québécoise prévoit aussi l’interdiction pour quiconque de harceler autrui sur la base de motifs discriminatoires, dont la couleur de peau.

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Le droit à l’égalité

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D’où vient le terme mulâtre?

A Des mules, parce que les maîtres les traitaient comme des bêtes de somme en les surchargeant.
B Du portugais mulatto, qui veut dire mulet, animal hybride stérile issu du croisement entre un âne et une jument.
C Des mules, parce que les maîtres trouvaient que leurs esclaves avaient des têtes de mules.

Illustration par Paul bordeleau

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