JACK

Une culture gardée vivante à force de résistance

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Fugitifs - Jack

Quand l’annonce de la fuite de Jack apparaît dans la Gazette de Québec le 30 juillet 1778, ça fait déjà plusieurs fois qu’elle a été publiée et le principal intéressé est absent depuis plus de deux mois. Une récompense de 8$ est offerte pour son retour. Jack avait récemment été acheté au soldat loyaliste Simeon Covell par les associés James Finlay et John Gregory; ces deux derniers étaient des hommes d’affaires actifs dans le commerce de la fourrure à Montréal.

Un toupet relevé, très noir avec beaucoup de barbe

On le décrit comme ayant «un toupet relevé, très noir avec beaucoup de barbe». Le fait qu’il soit mentionné qu’«il ne parle que la langue anglaise, encore avec l’accent de la Guinée» nous indique que, tout comme Joe, Jack est très probablement né en Afrique.

Plusieurs arrêts avant d'arriver au Québec

Les bateaux négriers ne se rendant pas dans la vallée du Saint-Laurent, les esclaves africains passaient généralement par les Antilles ou les Treize colonies avant d’arriver à Québec ou Montréal. Par ailleurs, plusieurs esclaves noirs arrivèrent au Canada avec les loyalistes qui avait quitté ce qui était désormais devenu les États-Unis. Avant la Guerre d’indépendance américaine, Simeon Covell n’était pas soldat, mais plutôt fermier et magasinier dans l’état de New York. Il possédait quatre esclaves qu’il avait achetés en 1774 et 1775: une femme et un homme, tous deux âgés de 25 ans, un garçon de 7 ans et une enfant de 2 ans. Covell mentionne qu’il amena l’homme avec lui quand il rejoint l’armée loyaliste en 1777; il gagna le Canada en août de la même année afin d’éviter d’être fait prisonnier par les rebelles. Jack serait-il l’esclave qui l’accompagnait? On sait qu’il a été acheté par Finlay & Gregory peu de temps avant sa fuite et qu’il ne s’est écoulé qu’environ 10 mois entre l’arrivée de Covell au Canada et l’évasion de Jack.

Illustré par EM

Se battre pour sa liberté

À l’époque de la Révolution américaine, plusieurs milliers de personnes afro-descendantes et africaines se battirent aux côtés des Britanniques en échange de leur liberté; d’autres étaient déjà libres avant même le commencement des hostilités. Ceux que l’on appelle les «Black Loyalists» s’installèrent par la suite dans les Bahamas, en Jamaïque, dans le Haut-Canada et en Nouvelle-Écosse. Malheureusement pour Jack, ce n’est pas en tant qu’homme libre qu’il fit son entrée au Canada, mais bien en tant qu’esclave.

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La cellule familiale démembrée

Les autres esclaves répertoriés par Simeon Covell (la femme et les deux enfants) restèrent dans l’état de New York. Saisis par les Américains, ils furent vendus en même temps que les autres biens lui appartenant. Il est probable qu’il s’agissait de la famille de Jack. L’une des particularités de l’esclavage est que la cellule familiale n’existe pas, celle-ci peut être démembrée au bon vouloir du maître ou au gré des circonstances. Au Québec, certains propriétaires voulant respecter le lien sacré du mariage ont pu vendre les esclaves mariés ensemble, mais pas nécessairement avec leurs enfants. Ainsi, Jack a été déraciné au moins deux fois: de l’Afrique vers les Treize colonies et de ces dernières vers le Canada; ce qui, en soi, n’est pas un parcours très différents des millions d’esclaves vendus à tout vent dans le monde atlantique à la même époque

Jack « parle encore avec l’accent de la Guinée »

Sans documents officiels attestant leur naissance et leur lieu d’origine, les personnes asservies comme Jack perdaient non seulement leurs liens familiaux et communautaires, mais aussi leur appartenance culturelle. 

Des déracinements successifs

Les déracinements successifs vécus par les esclaves et l’interdiction d’utiliser leur propre nom, leur langue, de pratiquer leur musique ou leur religion les empêchaient de conserver leur culture vivante. 

Une autre preuve de la résistance des personnes asservies se trouve toutefois dans la capacité des esclaves et de leurs descendants à transmettre une partie de cet héritage culturel, ce qui a fait apparaître une grande diversité culturelle typiquement afro-américaine.

Droit de préserver sa langue, sa culture et sa religion

Avec l’apparition de la protection des droits humains sont venus un ensemble de garanties comme le droit de préserver sa langue, sa culture et sa religion et de les transmettre à ses enfants. Cette protection est particulièrement importante pour les communautés et nations autochtones, victimes des politiques qui visaient leur assimilation, ce que l'ex-juge en chef de la Cour suprême du Canada a déclaré constituer un génocide culturel. Désormais, les enfants autochtones ont le droit de communiquer et d’être éduqués dans leur langue maternelle; c’est une question de droits. Ces droits sont inscrits dans les instruments juridiques internationaux, canadiens et québécois.

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