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La grossesse en esclavage 

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Fugitifs - Bett

La fuite de Bett est annoncée le 6 mars 1787 dans la Gazette de Québec. Elle a environ 18 ans et appartient aux marchands Johnston & Purss. Ces deux hommes originaires d’Écosse se spécialisaient dans le commerce des fourrures, de l’huile de phoque et du blé; ils étaient aussi des distilleurs. Ces derniers avaient déjà possédé un autre esclave du nom de Pompey qui s’était enfuis en 1771, environ 16 ans auparavant. 20$ de récompense sont offerts pour retrouver Bett.

La grossesse et l'esclavage

Deux choses nous frappent dans cette publication. La première est qu’elle est annoncée comme étant « enceinte et proche de son terme ». On ne sait pas ce qu’il l’a poussé à s’enfuir en ce mois de mars 1797, mais ce devait être précipité. Comme dans plusieurs cas en esclavage, il est très possible qu’elle ne voulût pas élever son enfant à naître dans ces conditions. Ayant perdu son bébé deux mois plus tard, elle est même soupçonnée de l’avoir tué. Ailleurs dans les Amériques, on peut faire un parallèle avec Solitude en Guadeloupe, qui, enceinte, rejoignit la rébellion de Louis Delgrès contre la restauration de l’esclavage par Napoléon Bonaparte en 1802. Arrêtée puis emprisonnée, elle fut exécutée le jour suivant son accouchement. Les soupçons d’infanticide pesant sur Bett peuvent aussi nous rappeler le cas d’une autre fugitive: Margaret Garner en Ohio en 1856. Sur le point d’être rattrapée par les autorités, elle préféra tuer sa fille de deux ans au lieu de la voir retourner en esclavage; c’est ce récit qui inspira le célèbre roman « Beloved » de Toni Morrison en 1987.

Illustrée par MALICIOUZ

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Parler plus d'une langue

Un autre fait qui peut nous sembler inusité est qu’elle est annoncée comme parlant bien anglais, français et allemand. Toutefois, il n’était pas rare pour les esclaves de parler plus d’une langue au gré des maîtres qu’ils ont pu servir, et ce, sans compter leur langue maternelle s’ils sont nés en Afrique ou de parents africains. C’est le cas notamment de Joe et Jack, qui parle tous deux anglais et leur langue maternelle, Nemo & Cash (anglais, français), Ismaël (Anglais, français et hollandais) ainsi qu’André (anglais, français, hollandais et écossais) Le mois de juillet suivant, les associés Johnston & Purss publient une annonce à vendre pour une femme robuste, active et en santé d’environ 18 ans. Ils la qualifient comme ayant déjà eu la variole, sachant cuisiner, laver et repasser, très habile à la garde des enfants, sachant parler anglais, français et allemand; sans aucun doute Bett dont ils essayaient de se départir.

Bett « enceinte et proche de son terme »

L’esclavage suppose une mise à disposition entière du corps des personnes asservies à leur maître. En plus du travail domestique, les abus et les violences sexuelles envers les femmes esclaves étaient généralisées et banalisées. L’appropriation par le maître était totale et les enfants nés de ces violences sexuelles devenaient propriété du maître. La reproduction était donc aussi exploitée. Même l’allaitement, produit de la reproduction, était susceptible d’être exploité dans le monde atlantique, de nombreuses femmes esclaves servant de nourrices aux enfants «légitimes» du maître.

Le contrôle du corps
des femmes

Le contrôle du corps des femmes, en particulier des femmes racisées, et de leur reproduction s’est poursuivi bien au-delà de l’esclavage, et fut l’objet de politiques publiques racistes. Entre autres, la stérilisation forcée des femmes racisées et autochtones de même que le placement forcé des enfants autochtones en orphelinats, en pensionnats ou dans des institutions publiques ont eu cours jusqu’à tout récemment au Canada.

Légende photo: http://collections.musee-mccord.qc.ca/fr/collection/artefacts/I-31290.0.1 Ces œuvres sont datées d’après la période d’esclavage au Bas-Canada.

Traite humaine et stérilisations forcées

Malgré ces protections juridiques, la traite humaine existe toujours, ciblant particulièrement les femmes et fillettes racisées, et les stérilisations forcées sont encore pratiquées sur des populations autochtones et racisées. Au Canada, les derniers cas de stérilisation forcée de femmes autochtones datent de 2018.

La question du consentement

Parmi les droits fondamentaux se trouve en tête de liste le droit à la vie, à la sureté, à la liberté et à l’intégrité de sa personne. Inaliénables, les droits humains garantissent à chaque personne le pouvoir de décider pour son propre corps, incluant pour sa sexualité et sa reproduction, sans contraintes extérieure ou crainte de représailles. Le consentement n’est valide que s’il est offert librement. Ces protections sont particulièrement importantes pour les femmes, du fait des enjeux liés à la santé reproductive et à la liberté de choix en matière de contraception, de grossesse, d’accompagnement lors de la naissance et de l’allaitement.

balado sur la traite des femmes au canada

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B Il est mort 2 mois après sa naissance
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